Le capital à risque privé reprend de la vigueur, mais la sélectivité reste déterminante
Le marché du capital à risque privé montre des signes de reprise en 2026. La levée de fonds et la valeur des transactions restent stables, et le marché secondaire connaît une forte croissance. Dans le même temps, la liquidité reste rare et la concentration sur les transactions de grande envergure s’accentue. Cela rend d’autant plus importante la discipline dans les évaluations d’entrée et la sélection des gestionnaires, estime Tatjana Berg, responsable des investissements en capital-investissement chez Schroders Capital.
Le marché mondial du capital à risque privé a continué d’évoluer au deuxième trimestre 2026, mais la reprise est loin d’être généralisée. La levée de fonds s’est accélérée, principalement grâce aux stratégies de rachat, tandis que le capital-risque et le capital de croissance perdent légèrement du terrain. Le nombre de fonds définitivement clôturés est resté pratiquement inchangé. Les investisseurs restent sélectifs, notamment parce que les distributions provenant des fonds existants restent à la traîne.
Ce caractère sélectif se manifeste également du côté des transactions. La valeur totale des transactions s’est maintenue à un niveau élevé, soutenue par l’activité soutenue dans le capital-risque et le capital de croissance au cours du premier semestre de l’année. Dans le domaine des rachats d’entreprises, l’activité est restée relativement stable. Le nombre de transactions a toutefois chuté à son plus bas niveau depuis le troisième trimestre de 2021. Les opérations de grande envergure maintiennent ainsi la valeur totale du marché à un niveau élevé, tandis que sa diversité s’amenuise.
Les opérations de capital à risque privé se raréfient
L’IA fait grimper les valorisations dans le capital-risque
Dans le secteur du capital-risque, on observe au contraire une pression croissante sur les valorisations. Les valorisations mondiales des entreprises de capital-risque ont atteint leur plus haut niveau depuis le troisième trimestre de 2021. Les valorisations ont tout particulièrement progressé lors de la phase mature. La prime accordée aux entreprises tirant parti de l’intelligence artificielle joue ici un rôle majeur. Les valorisations se sont également inscrites en hausse lors des tours de financement précédents. Cela renforce l’intérêt de la sélectivité : de solides perspectives de croissance structurelle ne justifient pas automatiquement n’importe quel prix.
Le marché secondaire est désormais l’un des secteurs de croissance les plus nets. Le volume des transactions sur ce marché a atteint un niveau record au premier semestre 2026. Les « continuation vehicles », dans le cadre desquels un gestionnaire de fonds conserve une entreprise plus longtemps au sein d’un nouveau véhicule, gagnent notamment de l’importance. Schroders Capital prévoit que ces transactions représenteront une part de plus en plus importante du marché en 2026. À plus long terme, selon les estimations, le marché des investissements de continuation pourrait passer de 109 milliards de dollars en 2025 à 332 milliards de dollars en 2035.
Le marché secondaire atteint un niveau record
La liquidité demeure un point critique
Le marché des sorties présente également une image contrastée. Après le pic enregistré au premier trimestre, lorsque quelques transactions de très grande envergure avaient gonflé les chiffres, la valeur totale des sorties s’est normalisée au deuxième trimestre. Les introductions en bourse ont repris, mais les ventes d’un acteur du capital à risque privé à un autre – ce que l’on appelle les transactions « sponsor-to-sponsor » – se sont tassées. Le nombre de sorties atteint en outre son plus bas niveau depuis le troisième trimestre de 2021. Pour de nombreux fonds, la réalisation de liquidités reste donc un défi.
C’est précisément dans un tel marché que le prix d’entrée prend toute son importance. Au deuxième trimestre, les rachats de petites et moyennes entreprises ont été valorisés en moyenne à 11 fois la valeur d’entreprise par rapport à l’EBITDA, contre 14 fois pour les rachats de grandes entreprises. Cette décote de trois points de multiple offre une marge de manœuvre pour investir avec davantage de discipline et rend ce segment relativement attractif par rapport aux transactions de plus grande envergure.
Cette image est corroborée par les chiffres de rendement. Depuis 2016, les fonds de rachat de petite et moyenne taille affichent les meilleures performances cumulées au sein du segment des rachats. Dans le même temps, les écarts entre les fonds restent considérables. Les chiffres du premier trimestre de 2026 soulignent ainsi une nouvelle fois que ce n’est pas seulement le choix d’un segment de marché, mais surtout la sélection du bon gestionnaire qui est déterminante pour le résultat final.
Enfin, l’exposition au secteur des logiciels mérite d’être nuancée. La forte concentration se trouve principalement dans les grandes opérations de rachat américaines des années 2021 et 2022. Cette exposition est nettement plus faible dans les opérations de rachat de petite et moyenne envergure ainsi que dans les stratégies européennes.
On ne peut donc pas en conclure que le capital à risque privé dans son ensemble connaît une forte accélération. Les opportunités se trouvent principalement dans les segments où les valorisations, la liquidité et la concurrence offrent encore des marges de manœuvre aux investisseurs sélectifs. C’est précisément maintenant que le marché se resserre que l’importance de la discipline s’accroît.
Lire aussi « Schroders Capital Private Equity Lens Q3 2026 », par Tatjana Berg, responsable des investissements en capital à risque privé chez Schroders Capital.